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Retrouvez ici les documents liés aux promenades du Point de Rosée
LE SACRE D’UN TERRITOIRE – 26 AVRIL 2026 – MESSAC / BAIN
Documents mis en ligne dans le cadre de la promenade mégalithique du 14 juin 2026 à Guipry-Messac avec Jacky Meslin, médiateur scientifique à l’agence Néotopia

LES MENHIRS DES GRÉES – MESSAC

Les menhirs des Grées en 1929. Le paysage a radicalement changé suite à l’exploitation et l’extraction de graves d’alluvions. (archives du ministère de la Culture) – Merci B. Bègne pour la découverte.

Les menhirs des Grées vers 1950 ? Le paysage est encore différent puisque l’exploitation et l’extraction de graves d’alluvions commencent: un tas de graviers nous cachent la vue des deux petits mégalithes en arrière-plan. (archives Poirier – ancien photographe de Messac) – Merci F. Volland pour la découverte.
PETITE HISTOIRE GÉOLOGIQUE PAR JACKY MESLIN
LA CARTE MÉGALITHIQUE DU SUD-EST BRETAGNE
LA CARTE GÉOLOGIQUE DE MESSAC
L’ARCHÉOLOGIE CITOYENNE – JEAN-CLAUDE BOURGEON – MESSAC
Article écrit par Balbino Katz et paru dans Aventures et dossiers secrets de l’Histoire (hors-série collection n°38, octobre 2006)
AFFLEUREMENTS À CUPULES DE CLÉDY – MESSAC
Commentaires de André CORRE auteur du rapport du CERAPAR
» Trois affleurements de schiste présentent, au total, 80 cupules. L’affleurement principal, dans le lit de la Vilaine, en possède 51 et les deux autres, sur le bord du fleuve, possèdent respectivement 17 et 12. Les cupules, de forme circulaire, ont un diamètre qui varie de 3 à 15 cm pour une profondeur de 0,2 à 6,1 cm. Quelques cupules sont reliées entre elles par des petits canaux. «
Rapport complet du CERAPAR signé par André Corre du 17 mai 2017 et téléchargeable ici (les cupules sont mentionnées page 23) :
DES PIERRES QUI PARLENT – LES CUPULES
Discours écrit par Stefan Maeder et publié par Institut de paléosciences de Fribourg
LES OISEAUX DU SACRÉ ! – 26 AVRIL 2026 – SAINTE ANNE SUR VILAINE

Textes rédigés par Patrice Vannier, ornithologue de l’association Falco dans le cadre de la promenade ornithologique du 26 avril 2026 à Sainte Anne sur Vilaine
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LE ROSSIGNOL PHILOMÈLE
Un oiseau qui a du coffre
Le rossignol est essentiellement nocturne : un buisson épais lui suffit, un peu à l’écart, une rangée de saules en bordure de ruisseau ou de rivière. Des bosquets humides fournis, des jardins et vergers. Dans cette intimité tout comme dans celle de la nuit, il nous offre un chant qui ne passe pas inaperçu : mélodieux, orné de motifs différents… jusqu’à 200 ! : sifflements, trilles, modulations et trémolos : quel répertoire ! Grande est la beauté de son chant puissant aux riches strophes marquées de pauses, aux sifflements montant crescendo suivis de vigoureux motifs. A contrario sa livrée est insignifiante : dessus brun à nuance de roux sur la queue, dessous beigeâtre et gorge pâle. Comme si la nature s’était souvenue qu’il avait reçu plus que son dû avec le chant ! Ce qui l’arrange bien finalement pour échapper à ses prédateurs et aux curieux, immobile dans les profondeurs de la végétation, tel un amoureux de la solitude. Oui, vous entendrez le rossignol mais il faudra vous armer de patience pour le voir. Le ʺMaestroʺ est un grand timide qui revient d’Afrique en avril et repart en septembre, emmenant avec lui ses ʺgammesʺ pour les perfectionner l’année suivante.
Pas étonnant qu’il soit un oiseau inspirant, tant en littérature qu’en mythologie : symbole d’amour, de mélancolie et de poésie. Il apparaît dans les poèmes de Victor Hugo, de Shakespeare, dans des légendes persanes et arabes, étroitement liées à son chant. « Une légende raconte que le rossignol ne chantait à l’origine que le jour et que la nuit il dormait, caché dans les rameaux des vignes. Une nuit, alors que son sommeil était plus lourd que d’habitude, une vrille de la plante s’accrocha à ses pieds, le piégeant et l’empêchant de s’envoler à l’arrivée du jour nouveau. C’est pourquoi, afin de garder leur liberté, les rossignols ont appris à chanter durant la nuit, tout le temps que dure l’obscurité, évitant soigneusement de s’endormir et avertissant leurs congénères de ne jamais dormir dans une branche de vigne ou un buisson de chèvrefeuille ! ».
Chez les Perses, le rossignol (« bulbul ») est souvent associé à l’amour passionné. Il est décrit comme un amant passionné de la rose, chantant son amour pour elle malgré ses épines. Le rossignol (l’âme humaine) représente l’amour mystique et aspire à s’unir à la rose (dieu ou la vérité absolue).
Dans « Roméo et Juliette », de Shakespeare, Juliette distingue le chant du rossignol de celui de l’alouette pour retarder la séparation avec Roméo. Le rossignol symbolise l’amour et la nuit protectrice, tandis que l’alouette annonce l’aube et la séparation des amants.
Dans le soufisme, un courant mystique de l’Islam, le rossignol est un symbole de pureté de l’âme et de dévotion. Une âme en quête de dieu, son chant étant une prière adressée à l’infini, selon Evelyne Lefèvre, spécialiste en symbolique.
À l’occasion de la présentation de la huppe, nous avons déjà évoqué dans la mythologie grecque les malheurs de Philomèle, princesse athénienne, changée en rossignol par les dieux, après avoir subi des atrocités de la part de Térée, le mari de sa sœur Procné. Selon Ovide, dans les « Métamorphoses », son chant nocturne exprime son chagrin éternel.
Extrait du « Dictionnaire de la France mystérieuse » de Marie-Charlotte Delmas, « En Ille et Vilaine, on disait que « le rossignol ne dort que deux heures par nuit, ce qui arrivera à quiconque mange son cœur. Qui plus est, si le vent se met à tourner dans les 24 heures qui suivent, la folie guette la personne en question ».
Pour les hommes et les femmes du Moyen-âge, le chant du rossignol est le plus doux à entendre de tous les chants d’oiseaux. Dans le « Bestiaire d’amour et la réponse du bestiaire » de Richard de Fournival, rédigé en 1245, « le rossignol met tant d’ardeur dans son chant qu’il en tombe mort au pied de l’arbre. Jamais personne n’a connu mort aussi belle, aussi douce, aussi agréable. Comme lui, je meurs en chantant de toute ma voix, car je ne parviens pas à me faire entendre de ma dame, et elle ne condescend pas à avoir pitié de moi ». Le poète est amoureux de son état amoureux, se complaît dans sa mélancolie … et sa dame est sans doute une fiction !
Les textes sur les oiseaux chez les Chrétiens du Moyen-âge (les « aviaires ») s’étonnent que le rossignol chante si fort alors que son corps est tout petit. « C’est l’image de l’homme pieux qui malgré la misère de sa condition loue avec force le Seigneur ».
Selon les écritures dites saintes, « Le rossignol, en sentant sa fin approcher, monte sur un arbre et chante dès l’aube jusqu’à sa mort, de sorte qu’à force sa gorge et son corps s’affaiblissent. À midi, à l’heure de ʺsexteʺ (sexte est l’heure de la crucifixion de Jésus), il chante « occi », « occi » et lance de hauts cris. Les forces commencent à lui manquer. À l’heure de « none » (none est l’heure de la mort de Jésus dit Christ), il meurt ».
Le rossignol apparaît donc comme le symbole de l’âme pieuse, de la pureté de la foi, vivant la Passion du Christ. Il rappelle de garder la Foi, même dans les moments sombres.
LA CIGOGNE BLANCHE
Une ʺsage-femmeʺ taillée pour les grandes migrations !
C’est peu de dire que la cigogne blanche est un oiseau familier ! Elle est une visiteuse d’été, quittant dès le début mars l’Afrique tropicale pour rejoindre nos contrées puis repartir en août. Aller-retour : plus de 6000 km ! Total respect ! Elle apprécie les marais, les terres inondables, les prairies naturelles, pour se gaver de batraciens, de vers de terre, insectes, rongeurs, d’écrevisses de Louisiane (espèce invasive), de mollusques et de quelques reptiles. Elle est reconnaissable en vol à son long cou tendu, son bec et ses pattes rouge, ʺà la traîneʺ. C’est une adepte du vol plané. Sa démarche est élégante. Elle est le ʺmannequinʺ des grands échassiers lors de son ʺdéfilé printanierʺ. La cigogne ne produit aucun son, mais émet des claquements de bec (on dit qu’elle « craquette ») lors des parades nuptiales ou pour renforcer les liens du couple, fidèle tant au partenaire qu’à son territoire ou encore à son nid qu’elle renforce au fil des ans. Oiseau de ʺhaute noblesseʺ apprécié des hommes…
La légende la plus courante à son sujet est qu’elle apporterait des bébés, son retour correspondant au réveil de la nature. Il s’agit de la légende de Kindelesbrunnen, née en Alsace, selon laquelle « Sous la cathédrale de Strasbourg, il y avait un lac autrefois où barbotaient et s’amusaient les âmes des enfants qui attendaient de venir au monde (une sorte de ʺjardin aquatique pour enfantsʺ, quoi, ou une gare de triage mais c’est moins poétique !). Sur ce lac vivait un gnome qui passait son temps à naviguer dans une barque argentée. À l’aide d’un filet d’or, il attrapait délicatement les âmes des bébés. Il les donnait ensuite à la cigogne et celle-ci n’avait plus qu’à les déposer dans les berceaux. » Un jeu d’enfant(s) en définitive !… L’imagerie populaire en a fait un symbole de fertilité et un oiseau de bon augure.
En amont de cette légende et dans les mythologies germanique et scandinave, la cigogne est la messagère de la déesse Holda, déesse de la fertilité et protectrice du foyer, chargée de réincarner les âmes des défunts en les ramenant parmi les vivants sous forme de nouveau-nés. « Après avoir passé commande, la future maman doit mettre quelques morceaux de sucre sur le rebord de la fenêtre pour attirer la cigogne. L’oiseau va alors chercher le bambin auprès d’une source ou d’une mare, là où les lutins ramènent des profondeurs de la terre les âmes tombées du ciel avec la pluie et réincarnées en nouveau-nés. » Dans le druidisme celte, on pensait pareillement tout comme dans la mythologie égyptienne, où la Cigogne blanche était associée au « bâ » c’est à dire à l’âme, dont elle était le hiéroglyphe. Elle avait donc un pouvoir de divinité psychopompe (qui conduit les âmes des morts dans l’Autre Monde…). La boucle est bouclée ! Voilà la cigogne promue symbole de résurrection et de régénération. Même chose dans la Tradition chrétienne : « La cigogne aurait volé autour de Jésus lors de sa crucifixion, pour dispenser sympathie et force à Jésus ». Par extension, « Si une cigogne s’est posée sur votre maison, elle devient votre porte-bonheur dans presque tous les domaines : fécondité et fidélité, santé, protection contre la foudre, bénédiction de la ville entière où elle a élu domicile ». Une assurance-vie aux clauses protectrices …
Son association au Christ vient aussi de ce qu’elle mange parfois des serpents. Et le serpent est associé dans le Christianisme au péché et à la figure du démon, de Satan.
Dans la mythologie romaine, la cigogne est consacrée à la déesse Junon, reine des dieux, épouse de Jupiter, roi des dieux, l’équivalent de Zeus et de Hera chez les Grecs (n’oublions pas que les romains étaient des ʺgros copieursʺ influencés par la mythologie grecque !) Elle était protectrice du mariage et de la fécondité, la déesse du foyer, des enfants et de la fidélité familiale.
« Pendant le siège de la ville romaine d’Aquilée en 452, une légende veut qu’Attila, le redoutable roi des Huns, pour remonter le moral de ses troupes face à la résistance romaine, utilisa le départ des cigognes de la ville, en disant à son armée « Voyez ces oiseaux qui connaissent l’avenir ! Ils abandonnent la ville sur le point de périr et les maisons vouées à une destruction prochaine ! ». Les soldats Huns, rassurés sur leur sort, prirent d’assaut Aquilée qu’ils incendièrent, confirmant ainsi la prédiction d’Attila. »
En Chine, « elle conduit l’âme des morts au paradis, d’où la tradition qui consiste à poser devant la maison d’un défunt, vingt et un jours après le deuil, trois grands oiseaux en papier en forme de cigogne. » Dans certains Pays Arabes, on dit en outre que « l’oiseau se rend tous les ans à La Mecque ». C’est bien possible puisque des cigognes de l’Est de l’Europe peuvent emprunter un couloir migratoire passant par l’Arabie saoudite pour une entrée en Afrique par l’Egypte ou l’Ethiopie. Quand la réalité rejoint la fiction !…
Au Maroc, une légende raconte que « la cigogne serait un imam habillé de deux burnous (manteaux longs sans manche avec une capuche pointue), l’un noir et l’autre blanc. Un jour, au Sahara, l’imam manque d’eau nécessaire à ses ablutions. Afin de ne pas manquer la prière, il utilisa du ʺpetit laitʺ pour faire sa toilette, commettant de ce fait un grave péché, le petit lait étant béni parce que rare dans ce pays désertique. Le Tout Puissant le métamorphosa en cigogne et l’expédia au Maroc pour expier son péché ».
C’est peut-être pourquoi la cigogne est souvent vue dans les zones humides, où elle pratique ses ʺablutionsʺ !…
LE GRAND CORBEAU
Un oiseau qui en a vu de toutes les couleurs !
Le noir Grand corbeau est un ʺmaousseʺ dans la famille des corvidés : Presque 70 cm de haut, 1,15 m à 1,30 m d’envergure. Plus grand qu’une buse ! À faire passer sa cousine la Corneille noire pour une ʺminusʺ. Le bec est massif, la gorge ébouriffée. Oiseau omnivore et charognard, on le trouvait partout en France au Moyen-Âge. On ne l’observe plus que dans les falaises de montagne et côtières, mais de plus en plus à l’intérieur des terres, comme en Bretagne, dans les anciennes carrières notamment. Le grand corbeau est un ʺacrobate aérienʺ. Sa voix est sonore et croassante. Les couples sont unis pour la vie ! Le corbeau a peu d’atouts esthétiques dans sa besace : ça n’aide pas… et pourtant !…
C’est à Michel Pastoureau, historien des couleurs et de la symbolique animale, que nous allons emprunter les éléments qui suivent. Dans tout l’hémisphère Nord, le corbeau a été vénéré dans les Sociétés traditionnelles, au même titre que le loup et l’ours. Cela depuis la plus Haute Antiquité.
Dans les mythologies antiques, en Grèce par exemple, le corbeau est l’attribut de nombreux dieux dont Apollon, dieu à la beauté rayonnante, mais jaloux comme un pou et colérique comme pas possible. Voici l’histoire de Coronis, qui réunit Apollon et le corbeau. « Coronis était une princesse très belle, aimée d’Apollon et enceinte de ses œuvres. Le dieu la faisait surveiller par un corbeau blanc en qui il avait toute confiance. Mais celui-ci relâcha sa vigilance et Coronis décida d’épouser un mortel, le séduisant Ischys. Le corbeau finit par les surprendre et rapporta au dieu ce qu’il avait vu. Apollon, qui pourtant était lui-même un coureur de jupons, entra en furie et punit le corbeau en changeant la couleur de son plumage qui devint noir. Quant à Coronis et Ischys, ils furent mis à mort, non sans qu’Apollon ait auparavant tiré du ventre de la jeune femme l’enfant qu’elle portait de lui : Asclépios et qui devint son fils préféré ». Chez les Romains, le corbeau a le don de prophétie et appartient au bestiaire de l’ornithomancie, technique divinatoire consistant à prédire l’avenir en observant le comportement des oiseaux : oies, coqs et corbeaux.
Les Celtes font du corbeau et de la corneille des ʺstarsʺ. En Irlande notamment, les corbeaux sont associés à la guerre et donc à Morrigan, la déesse de la Guerre. « Si le corbeau se pose sur l’épaule gauche d’un mort, il conduira celui-ci en enfer. Sur l’épaule droite, ce sera le paradis. Ses pouvoirs sont immenses pour inspirer la peur ou le courage dans la mêlée des combats. La couleur de Morrigan est le noir quand elle se transforme en corbeau ».
Dans le Monde scandinave, le corbeau est également au service du dieu principal Odin : dieu borgne, magicien redoutable, savant omniscient, maître de la vie et de la mort. Sacré pedigree !« Ses deux corbeaux : Huginn (la Pensée) et Muninn (la Mémoire) parcourent l’Univers et lui rapportent ce qu’ils ont vu et entendu, lui parlant chacun dans une oreille. Ils savent tout : le passé, le présent et l’avenir. Odin suit leurs conseils car ils sont l’incarnation de la connaissance et de la sagesse. » Dans toute l’Europe du Nord, on vénérait cet oiseau clairvoyant, rusé et menaçant, protecteur des marins et des guerriers. « Des guerriers mangeaient même la chair du corbeau pour obtenir une assistance dans la mêlée des combats. » Et ils portaient de leur vivant des talismans : plumes ou os de corbeaux, qu’ils emportaient même dans la tombe !
Dans la Tradition hébraïque, le corbeau est rangé au nombre des animaux impurs parce qu’il lui arrive de manger de la chair humaine. Il est maléfique. Dans le « Livre des proverbes » « Le fils qui se moque de son père et qui refuse d’obéir à sa mère, les corbeaux lui crèveront les yeux et les vautours le dévoreront ». Je ne sais pas pour vous, mais moi je trouve que la sanction est légèrement disproportionnée !…
Au septième siècle, le corbeau acquiert le statut d’oiseau impie et mortifère. Les Pères de l’Église le classent dans le ʺbestiaire du diableʺ. Le Christianisme voit en lui l’image de l’homme pécheur. « Augustin croit entendre dans son croassement les mots latins « cras, cras » (« demain ! demain !») et associe l’oiseau à l’homme plein de vices qui reporte toujours au lendemain son repentir, sa confession et sa pénitence. » Un ʺprocrastinateurʺ finalement ou plutôt un ʺprocroastinateurʺ ! L’oiseau païen fut désacralisé et la ʺguerreʺ contre le corbeau fut gagnée au douzième siècle. Des massacres même furent ordonnés dans les pays germaniques, fraîchement christianisés par les missionnaires. Il faut dire que son rôle négatif dans l’histoire biblique du Déluge n’a pas plaidé pour lui ! Dans le livre de la Genèse, c’est pourtant lui que choisit Noé pour être le premier à quitter l’Arche 40 jours après le Déluge « […] Une fois la tourmente apaisée, Noé fit du corbeau son messager et l’envoie observer si les eaux ont entamé leur décrue. L’oiseau fait des va-et-vient sans rien trouver et plutôt que de rapporter la bonne nouvelle, il préfère s’attarder et se repaître de cadavres flottant à la surface des eaux. Évidemment ça la fout mal !… 7 jours plus tard, c’est la Colombe qui reviendra avec un rameau d’olivier, prouvant ainsi la baisse des eaux. L’Histoire retiendra cet épisode et cette Colombe, devenue symbole planétaire de la paix, alors que le corbeau est tombé en disgrâce ».
Du reste, son plumage noir n’est-il pas le signe de sa nature mauvaise, à l’image de l’homme, noirci par ses péchés ? Tous les bestiaires rappellent ceci : « Lorsqu’il s’attaque à un cadavre, il commence par les yeux : c’est un moyen de mieux atteindre la cervelle, siège de la pensée et de l’âme. Et plus il y a de cervelle, plus il en prend. Comme le corbeau, le diable nous aveugle et s’empare de notre âme. »
LE CYGNE TUBERCULÉ
Un oiseau qui vaut le ʺcouʺ
Je connais même quelqu’un qui aimerait bien faire des nœuds avec son cou…
Qui ne connaît pas le cygne ? Oiseau au regard intense et au plumage blanc. Une ʺgrosse bête ʺ obligée de courir sur l’eau en battant bruyamment des ailes pour s’envoler dans un vrombissement sonore caractéristique. En matière de discrétion, c’est loupé ! Ajoutons que c’est un ʺbalourdʺ sur terre, se dandinant lamentablement. Il démarre mal pour être un oiseau à haute valeur symbolique ! Mais !… Mais il est d’une grâce extrême sur l’eau. Il y glisse littéralement sans bruit : élégant et presque altier, cou bien droit ou courbé en « S ». Un ʺmonarqueʺ des eaux calmes. Il faut voir ses parades amoureuses durant lesquelles mâle et femelle enlacent mutuellement leurs cous, parade renouvelée tous les ans avec le même partenaire, les cygnes étant monogames. Ajoutons que les cris du cygne sont bruyants, gutturaux, mais il ne chante pas, sauf dans l’imagination des hommes…Pierre Duchesne, dans son « Dictionnaire des symboles » évoque la blancheur immaculée du cygne, une couleur sans mélange, née directement de la lumière du jour (solaire et alors mâle) autant que de la nuit (lunaire et alors femelle).
« Les Bouriates, peuple mongol installé dans la région du lac Baïkal, content qu’un chasseur surprit un jour trois femmes splendides qui se baignaient dans un lac solitaire. Elles n’étaient autres que des cygnes qui s’étaient dépouillés de leur manteau de plumes pour entrer dans l’eau. L’homme vola un de ces costumes et le cacha. Après leur bain, deux seulement des ʺfemmes-cygnesʺ purent récupérer leurs ailes et s’envoler. Le chasseur prit la troisième pour épouse. Elle lui donna onze fils et filles. Ah quand même ! Elle reprit enfin son costume (d’après mes calculs au bout de dix ans et demi tout de même (!) et s’envola après lui avoir tenu ce discours : « Vous êtes des êtres terrestres et vous resterez sur la terre, mais moi, je ne suis pas d’ici, je viens du ciel et je dois y retourner. Chaque année, au printemps, lorsque vous nous verrez passer, volant vers le Nord et, chaque automne, quand nous redescendrons vers le Sud, vous célèbrerez notre passage par des cérémonies spéciales ». Ainsi chez les Bouriates, les femmes font une révérence et adressent une prière au premier cygne qu’elles aperçoivent au printemps.
L’idée selon laquelle le cygne chante est un mythe poétique remontant à l’Antiquité : les descriptions bucoliques près d’un fleuve nécessitaient un paysage visuel mais aussi sonore. Le chant du cygne a ainsi été inventé et exalté par les poètes et artistes. Dans leur Imaginaire, le cygne a une spécificité : celle d’émettre son plus beau chant au moment où il sent la mort approcher.
Lorsqu’on évoque le cygne dans l’Antiquité grecque, c’est immédiatement le mythe de Zeus métamorphosé en cet oiseau qui se présente. « Léda est mariée à Tyndare, ancien roi de Sparte. La déesse de l’amour Aphrodite, insultée par Tyndare, venge cet affront en proposant ʺd’offrirʺ Léda à Zeus. Il faut dire qu’il n’y a pas besoin de le pousser car il en est épris. Zeus demande à Aphrodite de se changer en aigle et de faire semblant de le poursuivre, lui-même transformé en cygne. Léda prend entre ses bras le ʺpauvre cygne effrayéʺ et Zeus en profite pour s’unir à elle (si vous voyez ce que je veux dire…). Mais le même jour, Léda avait aimé son mari (si vous voyez ce que je veux dire…) et deux œufs résultent de cette union, chacun contenant deux enfants : Castor et Pollux (enfants de Zeus) et Hélène de Troie et Clytemnestre (enfants de Tyndare) ». Zeus était un ʺmultirécidivisteʺ, ayant l’habitude de se transformer en cygne pour séduire des mortelles, des nymphes (divinités de la nature) et des déesses. Les dieux grecs savent s’affranchir de la morale quand ça les arrange…
Dans la Bible, le cygne est vu comme un oiseau prophétique et visionnaire, détaché des préoccupations terrestres. Il est l’un des compagnons habituels de Jéhovah. Plus tard, comme souvent dans le Christianisme, les symboles ne seront pas dénués d’ambivalence. Le cygne est chargé d’une valeur négative, à l’instar des sirènes, divinités de la vengeance de Dieu : « Derrière la beauté du plumage du cygne, se cache le démon qui tente d’entraîner l’homme vers le péché, souvent associé à l’adultère. »
Dans la Mythologie celtique, finissons par l’histoire des enfants de Lir, roi du peuple des Tuatha en Irlande. « S’étant vu jeter un sort par leur mauvaise belle-mère Aoifa, alors que leur père les adorait, ses quatre enfants (trois garçons et une fille) furent transformés en cygnes à l’instant où ils se baignaient. Cela pour neuf cents ans ! Si leurs voix étaient celles des enfants du roi, leurs cœurs et leur apparence étaient devenus ceux de cygnes sauvages, au grand désespoir de leur père qui les conjurait de revenir au palais. Mais ils aimaient, plus que tout, les cris solitaires de la nuit, le ciel crépusculaire et le bercement de l’eau sous leurs corps. Ils redevinrent comme prévu humains neuf cents ans plus tard, libérés du sort que leur avait jeté leur marâtre. L’Irlande s’était entretemps convertie au christianisme, et ils entendirent le son des cloches de l’église de Saint-Kernoc, se réfugiant alors auprès du saint qui les accueillit. Mais en retrouvant leur apparence humaine, ils moururent instantanément de vieillesse. Kernoc les enterra sous un tumulus de pierre où fut posée une pierre tombale portant leurs noms ».
C’étaient vraiment des ʺcygnes du destinʺ !…
LE HÉRON CENDRÉ
« En voilà un qui fait grise mine ! »
Le Héron cendré est grand mais pas bien gros, ce qui peut le mettre en péril lors des hivers longs et rigoureux, par manque de graisse. L’avantage, c’est qu’il est léger et dépense moins d’énergie en vol. Ce dernier est lent et irrégulier, alternant légers planés et battements d’ailes arquées, cou replié, ce qui le distingue de la grue ou de la cigogne par exemple. Le front est orné d’une longue plume noire sur la nuque qui vole parfois au vent, telle une ʺmèche de cheveuxʺ. Son bec jaunâtre est un véritable poignard. Son immobilité est légendaire, excepté lorsqu’il déploie son cou brusquement pour harponner un poisson, un batracien, une écrevisse ou encore un serpent. Il travaille sur le temps long : tout est affaire de patience ! Sa dominante cendrée et blanc-grisâtre dessous l’aide à passer inaperçu de ses proies ou des promeneurs dans la grisaille hivernale par exemple. Une ʺcape d’invisibilitéʺ bien pratique ! C’est un solitaire ʺaffûtantʺ en automne dans les prairies pour ʺempalerʺ les campagnols qui sont alors à son menu. En revanche, il est grégaire au printemps et niche en colonies dans les grands arbres des zones humides. Son cri est rauque, sonore, aigre et ʺcroassantʺ.
L’étymologie du nom scientifique pour le genre Ardea dont fait partie notre héron vient de la mythologie de la Rome antique. Ardea était une antique Cité du Latium, région d’Italie centrale incluant Rome. Elle était la capitale des Rutules, peuple du Latium. « Elle fut rasée et entièrement brûlée. De ses ruines naquit un gros oiseau qui, après avoir émis un long chant et secoué la cendre qui recouvrait ses ailes, se révéla être blanc. » Notre héron resta cendré mais d’autres hérons sont restés blancs comme les aigrettes…
Dans la mythologie Grecque, le héron était sacré (qu’il fût cendré ou blanc), étroitement lié au dieu de la mer Poséidon, protecteur des marins. Il était considéré comme un messager divin porteur de présages favorables, naviguant entre les éléments aquatiques et aériens.
La légende de Scylla, fille du roi Nisos, se rattache au héron : « Par amour pour Minos, le roi de Crête qui convoitait le royaume de Nisos, elle trahit son père. Minos fut donc vainqueur de Nisos et s’empara de son royaume, grâce à Scylla. Toutefois, il ne tint pas la promesse d’épouser Scylla et, horrifié par sa trahison envers son père, il l’enchaîna à la proue de son navire de guerre. Les dieux de l’Olympe, ayant pitié d’elle, la sauvèrent de la noyade et la transformèrent en héron. Dès lors, elle put s’envoler librement vers le ciel. » Depuis, le héron symbolise à la fois la passion aveugle, la trahison et la rédemption.
Chez les Egyptiens, le héron révèle un symbolisme riche : « Il est Bénou, l’oiseau représentant l’âme de Rê ou Râ, le dieu Soleil créateur de l’Univers et il le précède dans la barque solaire ». Belle promotion pour le héron qui incarne alors le renouveau cosmique et l’éternité.
En Asie, le héron est un emblème de pureté et de longévité. Mais au Japon, il est ambivalent : s’il est blanc, il est un messager divin, symbole de pureté et s’il est cendré il est porteur de sombres présages.
En Afrique, souvent vu près des points d’eau, il est un intermédiaire entre les esprits de l’eau et les humains, et donc associé à la pluie.
Les Amérindiens le voyaient comme un guide spirituel, de part sa capacité à attendre patiemment avant de plonger pour attraper une proie. Un modèle de sagesse.
Les Celtes s’inspiraient du comportement du héron sur les champs de bataille. « Ils combattaient nus pour être rapides, légers et plus précis que leurs adversaires, alourdis et ralentis par leurs protections souvent massives. Ces deux atouts les rendaient redoutables et extrêmement efficaces sur le champ de bataille. Les combattants adverses, effrayés, croyaient que ces guerriers nus bénéficiaient d’une protection naturelle invisible.
Dans le Christianisme, le héron s’attaque de son bec fin et pénétrant au serpent, image de la tentation. Il est l’adversaire du mal et des animaux sataniques et donc un symbole du Christ. Sa tenue grise modeste représente l’acte de pénitence et l’humilité. On le voit encore comme une représentation de l’âme qui se tient prête à s’élever vers les hauteurs célestes. Ou encore comme un symbole de patience.
Du mythe aux légendes et superstitions, il n’y a qu’un pas au fil du temps : les superstitions qui lui sont attachées dans l’Europe médiévale se réduisent essentiellement à des prévisions météorologiques : « Le héron annonce un froid vif en volant contre le vent de bise, la pluie en se dirigeant contre le vent d’aval et un temps rigoureux en se levant de la pâture et en criant fort. » « On peut se réjouir du beau temps si le héron attrape des poissons dans les marais mais le mauvais temps est à craindre s’il s’en éloigne avec des cris perçants ». Quelle chute pour le héron au fur et à mesure que les civilisations se succèdent ! Passer des mythes à des annonces météo ! Et le ʺdéclassementʺ n’est pas fini : lui qui attend patiemment avant d’agir avec juste mesure ne peut qu’être en décalage avec la brutale accélération d’un monde devenu fou !…
L’HIRONDELLE RUSTIQUE
Une ʺtchatcheuseʺ de première catégorie !
L’hirondelle ne fait peut-être pas le printemps mais elle y contribue ! Cette grande migratrice nous vient d’Afrique et est de retour au mois de mars. Les hirondelles ont les ailes pointues et la queue souvent profondément fourchue. Adaptées à une vie en bonne partie aérienne, leurs petites silhouettes volent habilement à la poursuite d’insectes, semblant découpées dans du papier, telles des origamis emportés par les vents. L’hirondelle est une ʺcommensaleʺ de l’homme, utilisant les granges, le plafond des étables pour faire son nid où elle revient chaque année : petite cuvette de boue argileuse renforcée de paille. Oiseau volontiers grégaire lorsqu’il niche, l’hirondelle, notamment rustique, est une ʺbavarde invétéréeʺ. De nombreux cris, chants et gazouillis sonores retentissent dès l’aube… ou durant les haltes migratoires lors des regroupements spectaculaires qui précèdent leur périlleuse migration.
À l’image des augures de l’Antiquité, notamment dans l’empire romain, le vol de l’hirondelle est porteur de message. Tout comme chez les amérindiens, pour qui elle vole entre le monde des esprits et le monde des vivants. Chez les Anciens Égyptiens, le mythe d’Osiris relate l’assassinat de ce dernier et ses conséquences politiques. « Fils aîné du dieu de la terre et de la déesse du ciel, Osiris règne sur le pays avec Isis, sa sœur et son épouse. Inventeur de l’agriculture et de la religion, son règne est bienfaisant et civilisateur. Seth, son frère cadet, jaloux comme un pou, organise un banquet avec un jeu consistant à se glisser dans un coffre. Quand ce fut le tour d’Osiris, Seth referma immédiatement le coffre et le jeta dans le Nil. Le corps d’Osiris est ensuite retrouvé par Isis lors d’une première quête. Seth coupe le corps de son frère en 14 morceaux jetés à nouveau dans le Nil. Le meurtrier va usurper le trône et pendant ce temps Isis entreprend sa seconde quête pour assembler les fragments de son époux, les maintenant par des bandelettes. Ainsi, Osiris sera la première momie d’Egypte. Isis redonnera vie à son époux en volant autour de lui sous forme d’hirondelle. C’est pourquoi l’iconographie la représente à ses côtés. Le martyre d’Osiris lui vaut de gagner le monde de l’Au-delà dont il devient le souverain. L’union posthume d’Isis et Osiris donnera le jeune dieu Horus, qui sera plus tard le rival de Seth pour le trône. Je vous rassure car je vous sens inquiets : Horus triomphera de Seth. »
Dans la mythologie grecque, les hirondelles sont liées à Aphrodite, la déesse de l’amour et de la raison et dans la mythologie celtique, elles sont symbole de fécondité et d’alternance.
Dans la mythologie nordique, elles sont associées aux Valkyries, des guerrières qui choisissent les morts au combat et les emmènent au Valhalla, l’endroit où les valeureux guerriers défunts sont amenés, au sein même du royaume du dieu des dieux Odin. En fait un paradis pour ʺanciens combattantsʺ…
En Chine, Lao Tseu, philosophe, rapporte « qu’on pensait que les hirondelles disparaissaient à l’automne, au fond de l’eau pour y passer l’hiver, comme des batraciens. Elles réapparaissaient au printemps, suivant le mouvement ascendant du soleil. On faisait correspondre l’arrivée et le départ des hirondelles à la date exacte des équinoxes ». Le jour de leur arrivée était l’occasion de rites de fécondité.
En Afrique, les Bambarras du Mali voient en l’hirondelle un auxiliaire du démiurge Faro (dieu créateur de l’Univers), maître des Eaux et du Verbe. Le fait qu’elle se pose rarement à terre l’exempte de souillures. « C’est elle qui recueille le sang des victimes des sacrifices offerts à Faro, pour l’emporter dans les espaces supérieurs, d’où le sang redescendra sous forme de pluie fécondante. » Ce qu’il fallait démontrer…
Dans l’Islam, l’hirondelle annonce le renouveau et rêver d’une hirondelle est signe d’une période de paix. Elle est encore associée aux anges. Elle est de bon augure pour les marins d’où qu’ils viennent, tel un guide spirituel. Cela tient au fait qu’elles sont des oiseaux terrestres. Leur apparition indique alors au marin qu’il approche des côtes…
Valorisée très positivement dans de nombreuses civilisations, l’hirondelle est avant tout un porte-bonheur et un symbole de fidélité. Elle protège ceux dont elle habite la maison, elle ferait pleuvoir. Dans la tradition chrétienne, « elle est parfois appelée « poule du bon dieu » et toute une série de légendes la relient au Christ et à la Vierge Marie : elle revient le jour de l’Annonciation le 25 mars et part le jour de la Nativité de la Vierge, le 8 septembre. »
« Quand Jésus souffrait sur la croix, la pie lui enfonçait dans la chair du crâne les épines de la couronne. Ah ça, ce n’est pas sympa ! L’hirondelle en revanche faisait tout son possible pour les arracher, bonne fille… Aussi Jésus lui annonça que désormais elle élèverait sa nichée à l’abri de tout danger. Depuis lors, les hirondelles arrivent toujours avant le vendredi saint pour ne pas manquer la commémoration de la Passion. C’était d’ailleurs un sacrilège anciennement que de détruire un nid ou les petits des hirondelles ! »
Les choses ont bien changé : on détruit à présent les nids d’hirondelles…
LE MARTIN PÊCHEUR D’EUROPE
Un oiseau ʺdu tonnerreʺ !
Le martin pêcheur est une ʺcélébritéʺ : fréquentant les étangs, les cours d’eau lents. Si le cours d’eau est lent, l’oiseau ne l’est pas : Qui ne s’est émerveillé devant cette ʺbombinetteʺ trapue et furtive, qui file en criant au ras de l’eau, ne connaissant que la ligne droite et semblant s’atteler à une tâche de la plus haute importance ?…
Cette flèche est pourtant capable de rester immobile, sur une branche au bord d’un cours d’eau, à l’affût du moindre poisson qui s’aventurerait au fil de l’onde, sur lequel il plongera verticalement, ʺà l’insu du plein gré du poissonʺ…
Ses couleurs éclatantes de bleu dessus et de orange dessous suscitent l’admiration mais il dispose d’une ʺcape d’invisibilitéʺ lorsqu’il est posté dans un endroit ombragé.
On ne s’étonnera pas qu’il génère un symbolisme riche. Cela dans de nombreuses Cultures : en Inde, en Asie, en Afrique, en Europe chez les Celtes et chez les Grecs dans l’Antiquité ou à l’époque médiévale, chez les Indiens d’Amérique encore.
Au Moyen-Âge, de nombreuses légendes associent Saint-Martin et les oiseaux de Touraine, dont notre Martin pêcheur. « Saint-Martin vit le long d’une rivière un oiseau tout noir qui pêchait de petits poissons. Saint-Martin lui fit un signe. L’oiseau s’arrêta de pêcher et, bon prince, relâcha les poissons. Saint-Martin le trouvant obéissant le récompensa en lui donnant son nom et l’autorisa à pêcher dans ses ruisseaux. Il transforma en outre ses plumes noires en plumes qui reflétaient les couleurs de l’arc-en-ciel. »
Son habileté à la pêche en a fait un symbole de prospérité, d’abondance et de réussite. Sa technique de pêche nous rappelle la force de la patience, de la persévérance et de la précision.
Le voir dans ses couleurs vives est un présage de chance, de garantie de fortune, de prospérité et à tout le moins d’espoir. Un oiseau du bonheur, gage de réussite.
Il symbolise encore la sagesse et règne sur l’eau et les airs, messager des deux éléments, à la jonction de deux mondes. Sans oublier un troisième élément : le feu, du fait de sa couleur orangée. Il incarne la liberté et le courage et nous pousse à nous détacher des peurs et des doutes.
Le Martin pêcheur a des pouvoirs surnaturels : capable de renouveler son plumage, même mort, capable de repousser la foudre, de retrouver des trésors enfouis, voire de les augmenter.
Pour illustrer son lien avec le Sacré, voici le mythe d’Alcyone. Ce mythe grec de l’Antiquité raconte l’histoire tragique d’un couple d’amoureux, Alcyone et Céyx, qui furent transformés en oiseaux par les dieux après une série d’évènement funestes.
L’origine de la punition : « Céyx, roi de Trachis et Alcyone, fille du dieu des vents Éole, formaient un couple si uni qu’ils eurent l’outrecuidance de s’appeler mutuellement Zeus (dieu des dieux) et Héra (la dernière épouse de Zeus). Singulière mythomanie chez des divinités mythologiques ! Cette arrogance déplut aux dieux concernés qui décidèrent de les punir. Malgré les supplications de son épouse, Céyx partit consulter l’oracle de Claros, sanctuaire où une divinité répondrait à ses interrogations. Il fit naufrage, mourant noyé en mer.
La métamorphose : Folle de chagrin, Alcyone reçut un rêve envoyé par Junon (la reine des dieux, protectrice du mariage) via Morphée (fils du dieu du Sommeil Hypnos et de Nyx, déesse de la Nuit, qui avait le pouvoir de façonner les rêves). Ce rêve lui annonça la mort de son mari. En retrouvant le corps de Céyx rejeté sur le rivage, elle se jeta à son tour dans les flots pour se suicider. Touchés par leur amour éternel, les dieux les métamorphosèrent tous deux en oiseaux de mer : Céyx en fou de Bassan et Alcyone en Alcyon (noms latins des martins pêcheurs d’Amérique et de Smyrne).
Les jours alcyoniens. Selon la légende, l’alcyon niche sur les flots pendant sept jours avant et sept jours après le solstice d’hiver. Durant cette période, appelée les « jours alcyoniens », les vents se calment et la mer devient paisible, permettant la ponte des œufs sans danger. Ce phénomène météorologique hivernal est donc directement lié à cette histoire d’amour et de compassion divine. »
Un mythe médiéval raconte qu’il fut le premier animal à quitter l’arche de Noé. « Entièrement gris à l’origine, il vola droit vers le soleil, ce qui donna cette couleur aux teintes orange-feu au plumage de son ventre. »
Le martin pêcheur nous invite à une réflexion plus profonde sur notre rapport au temps et à l’environnement. Son apparition fugace mais magnifique nous rappelle à quel point l’instant présent est précieux.
LE MERLE NOIR
« Noir, c’est noir ! »
Bon ben, il commence mal, le merle ! Il est tout noir : mauvais point pour sa réputation ! Mis à part un bec jaune vif et des yeux équipés de « cercles oculaires jaunes » : tels des ʺmonoclesʺ ! Il est plutôt solitaire, farouche et discret. Il se déplace en sautillant pattes jointes, puis fait quelques pas saccadés pour s’arrêter brusquement et guetter le sol en écoutant littéralement, tête tournée de côté, les mouvements des vers de terre dont il raffole. Il les tire alors de son bec avec puissance, sans lâcher prise. Un ʺtenaceʺ tout comme le ver d’ailleurs qui, lui, s’accroche à la terre ! Voilà un oiseau ʺtous terrainsʺ : forêts à l’origine, bois, parcs, jardins, bocage. Son chant est magnifique et ponctué d’improvisations : flûté, roulé et sonore, portant loin. Il n’aime ni les chats, ni les Éperviers d’Europe, ni les Chouettes hulottes… ils provoqueront chez lui des cris d’alarme très puissants à l’envol. Un ʺavertisseurʺ pour les autres espèces, qu’elles soient du reste oiseaux ou mammifères…
Dans les Traditions Grecque, Romaine, Hébraïque, le noir représente la nuit, le cauchemar, l’absence… et pire encore : la faute, le mal, le mystère, la mort. Que l’origine du monde soit scientifique ou biblique, on pense nécessairement à l’obscurité du néant. Mauvaise pioche en apparence donc pour le merle ! Mais peu à peu il est devenu un oiseau de bon augure, se voyant attribuer une image de chance et de renouveau (son bec jaune et lumineux et son chant mélodieux ont sans doute sauvé les apparences…).
Dans la Tradition Chrétienne, le Merle noir n’a pas une grande fonction divinatoire mais nombreuses sont les superstitions et croyances qui lui sont liées au Moyen-Âge. En témoignent ces extraits du « Livre des superstitions, Mythes, croyances et légendes » d’Éloïse Mozzani. Le diable aurait emprunté la forme de cet oiseau : « L’envoûtement par le Merle s’effectue en frottant les tempes de sa victime avec un mélange de cet oiseau et de sang de Huppe ». Ou encore : « Son cœur placé sous la tête d’une personne endormie serait un puissant sérum de vérité la contraignant à raconter ses faits et gestes de la journée. Et s’il s’agit de faire avouer à sa femme ses infidélités (pourquoi pas à l’homme à l’époque, me direz-vous ?), il faut lui placer, la nuit, sur son sein gauche, l’aile gauche de l’oiseau. » C’est précis et assez technique… Avis aux amateurs, mais attention : le merle et la huppe sont strictement protégés ! …
Une légende italienne évoque la transformation du merle par confrontation à une épreuve : « Jadis, les merles étaient blancs. Pour échapper à un froid terrible, une merlette et ses petits se seraient réfugiés dans une cheminée. Ils en seraient ressortis noirs de suie le 1er février. Depuis, les trois derniers jours de janvier sont appelés ʺles jours du merleʺ et considérés comme les plus froids de l’année. » Une légende de l’Ain évoque également la couleur blanche supposée ʺoriginelleʺ du merle : « Apprenant d’une pie qu’un prince possesseur d’un trésor fabuleux dans les entrailles de la terre était disposé à lui céder de l’or et des diamants, pour peu qu’il ne touchât pas à certaines richesses dûment signalées, le merle s’empressa de transgresser l’Interdit. Comme il avait plongé son bec dans de la poudre d’or, un démon le couvrit de feu et de fumée. Le merle parvint à fuir mais depuis son plumage est noir et son bec est de la couleur de l’or dont il voulut s’emparer. »
Dans de nombreuses traditions européennes, on disait que « si un merle nichait sous votre toit ou dans une haie proche de la maison, le foyer était protégé contre la foudre et le mauvais sort ou s’il poussait un cri strident au moindre danger, c’était pour prévenir tout le voisinage » …
Dans la Tradition Celtique, le merle est un animal totem. Il est par exemple « l’oiseau du forgeron. L’enclume utilisée par le merle est le rocher sur lequel il ouvre (comme la grive) les coquilles d’escargot et son plumage est noir, tout comme le sont le forgeron et le fer de la forge. » Peut-être son cri d’alarme ʺmétalliqueʺ a-t-il encore contribué à cela ?! N’oublions pas que le puissant forgeron était celui qui fabriquait les armes, les roues, les chaudrons et les charrues. Il exploitait le pouvoir du feu, de l’air, de l’eau et de la terre. De son côté le merle représente dans cette tradition le forgeron de l’au-delà, Maître du feu, associé à la magie.
L’un des noms gaéliques du merle, c’est « Druid Dhubb » qui signifie le « Druide noir ». Son chant mélodieux s’élève au crépuscule. La tombée du jour représente la transition entre une réalité et la suivante et ces moments sont importants dans la tradition druidique. Les merles sont les attributs de la déesse Rhiannon dont le nom signifie « Grande Reine ». Elle est associée à la souveraineté, la maternité et au mystère. Dans un vieux conte écossais, « Ce sont les merles qui, en sifflant, veillent sur le héros Bran, l’aimé des dieux et sur ses sept compagnons, condamnés par le sort à vivre 72 ans durant sans vieillir ni prendre conscience du temps qui s’écoule ». Le chant du merle avait ce pouvoir de soustraire au temps par enchantement. Ce ʺMaître du chantʺ était l’animal le plus important pour les bardes qui s’inspiraient de son esprit pour composer leurs mélodies et animer les fêtes. Ainsi le merle « était capable de transmettre des secrets appartenant à l’Autre-Monde et de transporter dans d’autres sphères ceux qui l’écoutent. »
Alors, qui est prêt à subir l’enchantement du merle pour 72 ans, sans vieillir certes, ce qui est bien, mais sans conscience, ce qui est moins agréable ?…
LA HUPPE FASCIÉE
Un oiseau qui ʺcocotteʺ
Elle est un oiseau migrateur à la huppe érectile et au plumage chamois-orangé. Son vol onduleux, tel celui d’un papillon, est imprévisible, fait de lignes droites, d’ondulations et de crochets soudains. La huppe ne semble pas savoir où elle va, mais elle y va ! Si elle paraît distraite en vol, elle est des plus concentrées à terre, affairée à dégotter des vers ou des larves de son long bec étroit arqué vers le bas, parfois en sondant les bouses. Son chant est une succession de « oupp-oupp-oupp » répétés plusieurs fois, doux et caverneux mais portant très loin. Elle niche dans un trou d’arbre ou de bâtiment, à proximité des hameaux bien souvent, s’accommodant de la présence humaine. Un conseil : n’essayez pas de mettre votre nez dans la cavité de nidification qu’elle occupe ! Elle vous projette alors une sécrétion nauséabonde à l’odeur forte et durable ! Moyen imparable de repousser les prédateurs et les parasites, ou les simples curieux…
De la Grèce antique à l’Egypte ancienne (où sa crête érectile est un symbole solaire) : elle est messagère des dieux. Dans l’Islam, elle est envoyée aux hommes par Allah et est liée à la grâce et l’amour, marquant les liens entre les mondes céleste et terrestre. Dans l’Hindouisme, elle devient symbole de connaissance. Son chant est considéré comme un appel divin. Elle est encore symbole de sagesse du fait de son plumage élégant et gracieux. Dans de nombreux contes et légendes, sa tendance à repousser les intrus par ses jets malodorants pour protéger sa nichée en a fait une force protectrice.
Mais la huppe n’est pas exempte d’ambivalence ! Dans certaines traditions africaines, elle est présage de malchance en raison de son association avec la décomposition. Dans d’autres traditions du même Continent, son chant annonce des pluies prochaines et des récoltes abondantes. Au Moyen-âge européen et Chrétien, elle a parfois été associée aux démons et aux sorcières, comme dans cet Écrit du 12ème siècle : « Le diable fait comme la Huppe bâtissant son nid en toute ordure en infection ». On pensait même à l’époque que la huppe amenait dans son nid des excréments humains et d’animaux ! Selon Laurence Rossi, professeure de linguistique, le mot aurait été composé à partir du mot « sale » puis du mot « hoppe », forme dialectale de « huppe », qui signifie « petit oiseau qui pue ». « Sale oppe » (avec deux ʺpʺ) désignait un homme ou une femme malpropre. Pour l’homme, le terme a évolué en « salaud » mais pas pour la femme qui perdra un « p » dans l’affaire ! Très vite le mot va se charger pour prendre une connotation morale, ciblant une femme manipulatrice, puis bien plus tard une connotation sexuelle, au 19ème siècle…
La huppe apparaît dans le récit biblique extrait du « Livre des Rois », dont une partie relate la rencontre du roi Salomon (roi de Jérusalem) avec la reine de Saba. Cette histoire débute par une huppe, originaire de la région et dotée de la parole. « L’oiseau, messager du roi transportait ses missives, et rapportait des nouvelles des contrées lointaines. Il informa Salomon que le pays de Saba était le seul sur terre à ne pas être soumis à son pouvoir. Salomon envoie alors la huppe en ces lieux, accompagnée d’une lettre exhortant la reine à se soumettre, ce qu’elle fit en lui envoyant de nombreux présents et en se rendant à Jérusalem. À son arrivée, elle présenta à Salomon trois énigmes pour vérifier que le roi était à la hauteur de sa réputation, énigmes qu’il s’empressa de résoudre. Si la reine fut admirative de la sagesse de Salomon et du Temple de Jérusalem, Salomon fut fasciné par la beauté de la reine et lui accorda tout ce qu’elle demandait, et même plus. Puis elle retourna dans son pays avec sa Suite. ». Voilà un récit bien gentillet, ce qui n’est pas le cas de celui qui suit…
La huppe apparaît dans la Grèce antique dans un mythe des plus cruels : celui de Térée et de Procné : « Pandion, roi d’Athènes, donne sa fille Procné en mariage à Térée, roi des Thraces qui l’emmène en son royaume, où elle accouche d’un fils, Itys. Désirant voir sa sœur Philomèle, elle renvoie son mari Térée à Athènes pour la chercher. Mais patatras ! Voilà-t-il pas que Térée tombe amoureux de la jeune fille, l’enlève, la viole puis lui coupe la langue pour s’assurer de son silence. Philomèle réussit tout de même à tisser sa dramatique histoire sur son vêtement et l’envoie à Procné. Celle-ci entreprend alors avec succès de libérer sa sœur. Les deux femmes tuent ensuite le fils de Procné et de Térée : Itys. Elles le découpent en morceaux puis cuisent ses membres. Si l’histoire s’arrêtait là, ce serait déjà horrible, mais vous n’avez encore rien vu ! Elles servent Itys à table à Térée, son père ! Quand ce dernier apprend qu’il vient de manger son fils, il se lance à la poursuite des deux sœurs. Au moment où Térée s’apprêtait à pourfendre son épouse et sa belle-sœur, Zeus intervient et décide de transformer Procné en rossignol et Philomèle en hirondelle. Mais parfois le Rossignol philomèle est à la fois Procné et Philomèle, les deux sœurs de la légende mythique. Et on l’entend depuis chanter la nuit. Qu’advint-il de Térée ? Il fut transformé en Huppe. Mais celle-ci n’est pas aussi leste que l’hirondelle et pas aussi discrète que le rossignol aux mœurs nocturnes. Térée la huppe ne pourra donc jamais atteindre les deux sœurs. Quant à Itys, les dieux ayant pitié de son sort, le métamorphosent en chardonneret. » Le poète latin Ovide ne relate pas cette version. Itys reste bel et bien mangé pour de bon !
